Nix : « Vieux père boudoul maget » (Vieux père qui ne vieillit pas)

mai 5, 2019

Il y a quelques semaines le rappeur Nix et sa team ont organisé un concert pour présenter son dernier album intitulé EMW II – The  Ñuulest, j’ai passé un excellent moment musical que je partage ici.

Selon moi, le rap fait partie du patrimoine sénégalais et Nix en est un de ses monuments. Il pratique le rap depuis le début des années ‘90 et il n’est pas prêt de s’arrêter. Malgré son appartenance à l’ancienne école, Nix évolue dans un style de rap très contemporain, parfaitement en phase avec l’époque, un pari qui n’est pas évident à relever pour les Mc’s “old school”. Je ne parle pas ici que du cas du Sénégal, quand je regarde en France ou aux Etats-Unis, la génération qui était au top dans les années 2000 s’est fait dépassée par la nouvelle école arrivée en force. Ce phénomène est global mais il y a quelques exceptions et Nix en fait partie.

Nix ©Seyni B

J’ai connu Nix car pour tout ceux qui s’intéressent au rap galsen, l’artiste est incontournable mais j’avoue ne pas avoir été séduite par sa musique au début. Son côté bling bling et une certaine forme de superficialité que je percevais dans son art ne me touchait pas. A l’époque, je n’ai pas non plus creusé plus loin pour sonder les différentes facettes de l’artiste. Ce manque d’intérêt est certainement dû à l’état d’esprit dans lequel j’étais.
Quand je suis arrivée au Sénégal, j’ai rencontré le rap à travers le prisme du groupe Bmg 44, un des groupes les plus hardcore du pays, j’étais donc naturellement plus tournée vers ce genre de rap engagé. C’est en partie grâce à ce groupe que je suis au Sénégal aujourd’hui mais ça c’est une autre histoire que je garde pour un prochain article 😉 .

©Sidy Mohamed Kandji

Et puis mon mind a changé…
Paradoxalement, bien que je ne comprenne pas le wolof, c’est à la sortie d’Excuse My Wolof, un EP percutant de 7 titres sortis en 2016, que j’ai vraiment adhéré au projet et que j’ai trouvé son univers artistique plus deep que ce que j’avais imaginé. J’ai alors vraiment été touchée par sa musique. J’ai évoqué le sens du titre donné à ce projet dans cet article . L’album EMW II – The  Ñuulest qui a suivi était dans la même lignée, avec un enchaînement de titres aussi percutants les uns que les autres. J’ai évidemment quelques morceaux “coup de cœur” comme Django sur lequel il parle de ma bien aimée Casamance (encore un frère à moi 😀 ). J’aime aussi beaucoup la vibe du son qu’il partage avec la chanteuse Aida Sock. Les trois single qu’il a clippé : La Bocca, Highlander et The Ñuulest sont selon moi de véritables tueries.

©Papi

L’univers visuel de Nix
Nix a opéré un excellent choix de morceaux à clipper et pour cela a su s’entourer d’une team de jeunes artistes inspirés. Il a fait confiance à la nouvelle école de créatifs et cette rencontre intergénérationnelle a porté ses fruits. Des personnes comme Mamy Tall (Architecte, Vidéaste, Photographe), Papi (Artiste, Designer) et Moshady (Réalisateur) ont  apporté leur touche à l’univers visuel de Nix, à travers leur sensibilité artistique en parfaite adéquation avec les textes et les sons du rappeur. Ensemble, ils ont ainsi fixé la barre très haut. Le clip de Highlander a d’ailleurs remporté le prix du meilleur clip lors de la dernière cérémonie des Hip Hop Awards.   

Enfin le concert de présentation de l’album!
Après plusieurs report, on l’attendait donc avec impatience, le concert a finalement eu lieu le 20 avril au Musée des Civilisations Noires donnant lieu ainsi à The Ñuulest Expérience. Le choix du lieu est parfaitement en phase avec le projet car Nix à travers ses textes prône une valorisation de la fierté d’être noir (The Ñuulest signifie “le plus noir”) et ce Musée a été mis en place notamment pour accueillir les œuvres produites en Afrique et qui ont été pillées lors de la colonisation, revalorisant ainsi le patrimoine culturel africain.

La scénographie du concert était remarquable, Vx Lab était en charge des installations lumières et vidéos, plongeant le public dans l’univers de The Ñuulest, lui faisant vivre une véritable expérience. L’installation a été plantée de telle sorte que Nix et les différents intervenants qui l’ont accompagné sur scène étaient dans le noir. Dans n’importe quel autre contexte, cela m’aurait beaucoup dérangé, ne supportant pas que les artistes ne soient pas mis en valeur par la lumière. Mais ici j’ai trouvé l’idée très en accord avec le concept de The Ñuulest.

Nix ©Khalilus

Des intervenants plus talentueux les uns que les autres ont accompagné Nix durant son show : Ndongo D, Obree Daman, Mamy Victory, Aida Sock… Nix a également invité trois MC’s de la nouvelle génération à partager la scène avec lui : Fmanel (dont vous avez déjà entendu parler si vous avez lu cet article), ISS814 et Kalz de Carapide et j’ai trouvé ça super noble de sa part.
D’excellents danseurs se sont également produits et un kankourang (masque traditionnel) a même fait une surprenante apparition ! Le clou du spectacle selon moi est la venue sur scène d’un duo de Kendo (Escrime au sabre pratiqué autrefois par les samouraïs du Japon) sur le son Highlander, c’était juste au top ! Un très beau moment fût l’a capella de Nix sur « Tout c’que j’ai » accompagné de Noumoucounda Cissoko à la kora.

Nix ©Stéphanie Nikolaïdis

Malgré ce spectacle haut en couleur, je déplore le manque de fluidité dans l’enchaînement des morceaux. Le Dj aurait eu un rôle à jouer afin de maintenir la tension du début à la fin. Ici, il y a eu quelques moments creux. On sent que le show doit un tout petit peu être rôdé pour éviter ces moments de flottement.

Peu de com’ mais un résultat probant
La stratégie de com’ m’a un peu échappée au début. Je n’ai rien vu de promotion du concert sur Facebook, pas de campagne d’affichage ou d’émission télé – radio à ma connaissance. Le focus a été mis sur Instagram. C’est donc un public très jeune qui a été touché et le pari a été relevé, la salle était comble. Mais cela m’a manqué de ne pas voir quelques têtes de la old school sénégalaise. J’ai été agréablement surprise du nombre de femmes présente dans la salle pour un concert de rap. De ma mémoire de concert rap addict, je n’ai jamais vu un public si féminin sauf peut-être lors d’un concert de Diam’s.  

Nix ©Khalilus

Nix a encore de beaux jours devant lui et n’est pas près de lâcher le mic’. Si vous voulez suivre ce qu’il nous réserve pour la suite, je vous invite à aller sur ses comptes Facebook, Instagram et Twitter.

Et vous, si vous étiez à ce concert, qu’en avez-vous pensé?  

Je vous laisse avec cette petite vidéo réalisée par Mamy Tall

No Comments

    Leave a Reply